Les plumes de l'Erguël

 

Les professionnels de l'Erguël prennent leur plumes pour partager évocations, méditations, réflexions.

Textes parus dans la Feuille d'Avis du District de Courtelary depuis le 27 mars 2020.

 

 

Le dur apprentissage de la confiance

Le mot foi renvoie à celui de confiance. Faire confiance à Dieu, à soi, aux autres. Dis comme cela, c’est beau et c’est si facile. Mais voici que dans notre monde, cela n’a rien de si simple. Nous sommes prêtes et prêts à faire confiance, mais pas aveuglément. On veut être sûr de ne pas se tromper, de ne pas être trompé.

Pour illustrer ce problème de la confiance, voici une anecdote : une catéchumène d’une quinzaine d’années, m’expliquait qu’elle faisait confiance à sa meilleure amie pour gérer ses comptes de réseaux sociaux pendant les vacances. Elle la laissait sans problème avoir un accès à son intimité, à ses messages, et lui donnait la possibilité d’écrire en son nom. Belle preuve de confiance. Mais voilà que lorsqu’elle était en couple avec un garçon, elle devait avoir accès à tous ses comptes pour être bien sûre qu’il ne la trompe pas. Un choix radical de contrôle et de mainmise sur la vie de l’autre.

La foi chrétienne nous invite à ne pas faire de différence. À ne pas faire confiance à certaines et certains et à se méfier sans relâche d’autres personnes. Elle nous invite justement au « saut de la foi », qui est de faire confiance, de croire en soi, en l’autre, personne connue ou étrangère, en Dieu, malgré nos doutes. Et bien sûr qu’il y aura des espoirs déçus, des expériences douloureuses. Mais la vie est imparfaite, elle ne peut pas être maîtrisée en permanence. C’est bien cela vivre : oser, essayer, faire confiance envers et contre tout. Plus facile à dire qu’à faire. Mais avec les encouragements de Dieu et de sa communauté, j’espère bien que cela soit possible à chacune et chacun, car il n’y a rien de plus beau que de pouvoir vivre et de pouvoir le faire avec confiance.

David Kneubühler, pasteur


Votre résurrection, ce sera avec un ou deux glaçons ?

Les terrasses ont rouvert, les restaurants aussi, les restrictions diminuent lentement mais sûrement. C’est enfin la libération pour tous les consommateurs que nous sommes et la promesse d’un sauvetage voire d’une résurrection pour les bistrotiers et restauratrices.
En avez-vous déjà profité ? Êtes-vous déjà retourné boire un verre ou manger sur une terrasse ?

 

Eh bien moi, oui, ! J’ai eu le privilège de faire un entretien professionnel sur une terrasse où la dame que j’accompagnais et moi, avons dégusté notre première glace de l’année. Et ceci tout en discutant de Jésus, Dieu, Pâques, l’Ascension et la suite.

En cette période après Pentecôte, nous avons parlé des premiers chrétiens qui se retrouvaient, souvent autour d’un repas, pour parler de Jésus, de ce qu’ils avaient vécu et de la venue du royaume de Dieu.

Nous avons eu l’impression de faire « un peu pareil » même si notre glace n’avait rien d’une sainte cène. Nous l’avons savourée avec délectation, cette glace. De pouvoir, en plus, ressortir, profiter de l’air frais et de la douce chaleur du soleil revenu, voir des familles avec enfants et des jeunes s’amuser au parc, nous a donné un goût de renaissance !

Et vous, l’avez-vous ressentie aussi cette sensation de revivre ?

 

Alors je ne me fais aucune illusion et me doute bien que la religion ou Jésus n’est de loin pas le premier sujet de conversation tenu à l’apéro ! D’autant que les sujets brûlants de ce week-end de votations ne manquent pas. Que ce soit pour (ou contre) l’agriculture, la biodiversité, le climat, le CO2, les personnes en RHT, les (supposés) terroristes ou la liberté, leur mort assurée est annoncée par les un·e·s en cas de oui et par les autres en cas de non.

Du coup, les résultats de dimanche seront probablement pour certains synonymes de résurrection. Pour tous, le défi sera de refaire communauté, de continuer à vivre ensemble et de contribuer à un monde meilleur.

Alors n’oubliez pas de voter (si vous le pouvez) et au plaisir de vous croiser vivant·e·s…sur une terrasse.

 

Florence Ramoni, catéchète professionnelle


La plume de Macaire Gallopin

Absence créatrice

 

 

Après l’ascension et pentecôte, c’est la route de l’absence qui s’ouvre pour les croyants du monde. C’est l’absence concrète de celui qui a fait le lien entre Dieu et les humains. Il part, encore une fois.  Alors commence l’errance des croyants, livrés à eux-mêmes, sans maître de vie, sans personne à suivre. Absence…

 

L’absence est un thème qui caractérise chacune de nos existences. Nous avons tous et toutes ressentis de la solitude, lorsqu’une personne qui nous était cher n’est plus là, lorsqu’une personne est partie en voyage pour longtemps, quand un de nos proches est à l’hôpital. Ce que nous ressentons est un manque, qui nous paraît insurmontable. Quand nous y pensons, nous avons envie de pleurer, car celui ou celle qui donnait tant de sens à notre vie, n’est plus là, du moins pour un instant. Là aussi, commence l’errance, le sentier difficile du deuil, la reconstruction émotionnel et psychique qui n’est jamais donnée d’un seul coup, et qui est un travail de longue haleine.

 

Si l’absence résonne en nous comme quelque chose de négatif, les textes bibliques peuvent parfois nous indiquer que l’absence détient aussi quelque chose qui ouvre à la vie. L’absence, c’est le début du chemin. Elle nous force à nous poser cette question si centrale de l’existence : où vais-je maintenant ? où vais-je maintenant ?

 

Et c’est là que l’absence devient force créatrice car elle nous pousse à redessiner un chemin, à redonner un sens. C’est ce moment où, le souvenir de celui qui nous a marqué, celui qui nous a accompagné devient à nouveau force de vie. Et je crois que cela est tout le témoignage du Christ que nous retrouvons dans plusieurs passages des évangiles. C’est comme s’il il nous disait maintenant : « allez-y ! C’est à votre tour de jouer !  Je crois que vous en êtes capables, je crois en vous ! Je suis avec vous malgré l’absence physique ».

 

Alors, dans cette période d’errance après l’ascension et pentecôte, recevons ces paroles encourageantes qui nous propulsent vers la vie et la quête de son sens.

 

 Macaire Gallopin, pasteur

 

 

 


La plume d'Alain Wimmer

L’Ascension, quelle fête !?

La tradition a fait de ce qu’on appelle l’Ascension une fête… et un jour de congé. Mais à y réfléchir un peu, c’est une drôle de fête. Parce qu’à première vue en tout cas, l’événement qu’elle évoque n’est pas vraiment réjouissant.

Ce qu’elle évoque… c’est Luc qui en parle dans son évangile et dans les Actes des apôtres quand il écrit que Jésus « s’éleva et qu’une nuée vint le soustraire au regard de ses disciples ».

Ce qu’elle évoque : un départ en fait, la fin de la présence de Jésus « en chair et en os » auprès de ses proches, auprès de celles et ceux qui avaient partagé sa vie et son engagement jusque-là.

 

L’Ascension, une manière imagée de raconter quelque chose de pas festif, de pas réjouissant du tout, en fait : le départ d’un ami, d’un maître. Comme un abandon. Alors pourquoi en faire une fête ?

De manière imagée encore, le récit donne lui-même la réponse quand il raconte que deux hommes en habits blancs se présentent aux proches de Jésus et leur disent : « gens de Galilée, pourquoi restez-vous, plantés là, à regarder vers le ciel ? »

Si l’Ascension est une fête, c’est parce qu’elle est un appel. Un appel à la responsabilité et un appel à avancer. Un appel aux proches, aux disciples de Jésus, que nous sommes nous aussi, aujourd’hui encore.

Un appel à la responsabilité : non, l’ami, le maître, le seigneur qu’a pu être Jésus n’est plus là, en chair et en os, pour nous donner la main et nous guider. C’est à nous de nous prendre en main, désormais. C’est peut-être dur, mais en même temps, c’est une immense chance qui nous donnée dans cette liberté d’action !

Et un appel à avancer : nous humains, ne sommes pas faits pour rester plantés, nous sommes destinés à marcher, à avancer. Et nous n’avons pas à regarder ailleurs, en arrière ou même vers le ciel. Nous avons à regarder devant nous et à avancer. Et pas à avancer chacun pour soi, non à avancer les un?e?s avec les autres, les un?e?s pour les autres. A avancer main dans la main – même si pour quelques temps encore, cela aussi est imagé !

 

Alain Wimmer, pasteur


La plume de Richard Riesen

En marche !

Nous savons tant de l’évangile, pourrions donner d’excellents conseils aux autres, mais pour les appliquer c’est une autre chanson, il y a parfois un décalage entre nos désirs et la réalité. Nous savons que Christ est ressuscité, qu’il a tout accompli, qu’il nous offre la vie éternelle, pourtant parfois un petit grain de sable peut nous déstabiliser. Un peu comme à Pâques, ces 2 disciples d’Emmaüs (Luc 24/12-35), sont tristes. Pourtant Jésus est ressuscité des morts, mais ils le ne le réalisent pas, même s’ils ont déjà entendu que les femmes ont raconté qu’il était vivant. Jésus marche avec eux, mais ils ne le remarquent pas, leurs yeux sont empêchés de le reconnaître. Alors Jésus commence de s’adresser à leurs oreilles.  

 Ils sont encore bloqués : tout d’abord par leur regard, tourné  uniquement vers le passé, ce qui s’est passé avec Jésus jusque-là, mais ils n’ont pas encore reçu dans leur cœur ce regard de Pâques qui est tourné vers l’avant, vers le futur, vers la promesse de leur propre résurrection suite à la résurrection de Christ. Le 2ème blocage provient de leur idée de ce que ferait Jésus : « nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël », ils s’attendaient à un départ en fanfare, grandiose, un roi puissant, et surtout pas un déroulement comme l’arrestation, le procès et la mort de Jésus. Ils n’arrivent pas envisager que Jésus agit peut-être différemment de leurs réflexions. Comme pour nous, parfois Dieu ne semble pas agir selon nos idées ou conceptions, alors on peut soit vouloir changer Dieu, ou nos idées. 

 Les disciples d’Emmaüs, pas indifférents au message de Jésus, loin de là, n’ont pas encore saisis l’essentiel de la bonne nouvelle de Pâques, que Jésus est ressuscité et marche avec eux. Jésus écoute ce qu’ils disent, il prend leurs problèmes au sérieux, il ne balaie pas cela d’un revers de la main. Il désire savoir où se situe leur problème, et seulement ensuite il répond. Il n’a pas une réponse toute faite, mais une réponse à tout. Ce n’est pas la même chose. Après avoir écouté leur problème, Jésus leur parle et continue de marcher avec eux, il n’intervient pas avec un tonnerre ou un feu du ciel.  

Il explique les écritures, tout simplement, et rend grâce, romps le pain et le leur donne. C’est là qu’ils reconnaissent Jésus, qui avait dit : «  ma nourriture, c’est de faire la volonté de celui qui m’a  envoyé ». Jésus présent, ressuscité, donne du pain à ses disciples, il nous donne la force de le suivre et d’accomplir sa volonté.

 

Richard Riesen, pasteur

 

 


La plume de David Kneubühler

L'espoir envers et contre tout

 

Le temps pascal dans lequel nous nous trouvons est un temps de joie et d’espoir pour les chrétiennes et chrétiens. De joie et d’espoir, car cette fête célèbre le triomphe de la vie sur la mort. Elle affirme avec force que si la mort est bien une fin, elle n’est pas obligée d’être la toute fin.  Une conviction difficile à entendre. Et pourtant, c’est bien elle qui est au cœur de ce temps de fête et de la foi chrétienne.

Ce n’est toutefois pas une conviction hors-sol, qui ferait fi de la douleur de la mort et de la séparation. Car avant Pâques, il y a Vendredi Saint : le procès inique, les châtiments physiques et la mort en croix. Ce n’est donc pas une fête qui méconnaît les douleurs et les duretés de la vie. C’est une célébration qui en tient compte mais qui proclame qu’il y a plus que cela, qu’il y a autre chose de possible, même si nous ne pouvons pas le croire.

Et ce qui est particulièrement fort à Pâques, c’est que malgré la brutalité du vendredi, le dimanche l’espoir est déjà de retour et avec beaucoup de force. La tristesse, l’abattement, n’ont pas vraiment le temps de s’installer. Il n’y a pas de notion d’attente, mais une quasi immédiateté. Comme pour nous rappeler que si parfois l’espoir peut nous quitter, il ne disparaît jamais longtemps.

Évidemment qu’en ces temps de pandémie, ce message a un autre impact. Nous sommes désormais prisonnières et prisonniers d’un temps court, où rien n’est certain au-delà d’un point déterminé dans un futur proche. Et voici que le message de Pâques bouscule cette vision morose, sans nier les difficultés et souffrances que nous connaissons. Cette fête nous rappelle la force de vie qui déjoue nos attentes, dépasse notre compréhension, ne tient pas compte de nos plans.

Ainsi, si Pâques ne marque pas cette année une sortie de la pandémie, c’est assurément une bouffée d’oxygène. Un signe traditionnel d’espérance et de joie qui peut trouver une nouvelle place, donner un nouveau sens dans nos vies, ici et maintenant.

 

David Kneubühler, pasteur


La plume de Macaire Gallopin

En route vers la vie!

Pâques approche à grand pas ! Mais ça veut dire quoi Pâques aujourd’hui ?

 

Les rayons de nos supermarchés se sont parés, depuis déjà un mois, de lapins en chocolats et œufs en sucre ou de couleurs. Une effusion de douceurs se dégagent dans les airs. A l’origine, la fêtes de la Pâques commémorent la sortie d’Égypte des hébreux en esclavage, une fête sommée Pessah, où, dans la tradition juive, on mangeait des pains sans levain en mémoire du départ précipité de l’Égypte. Pâques, historiquement, est d’abord commémoration d’une libération. Puis, dans la figure de Jésus de Nazareth, Pâques pour les chrétiens commémorent sa mort et sa résurrection. Là aussi, il est question d’une libération, libération de la mort, libération d’une oppression politique qui dit quelque chose comme cela : la mort et l’enfermement n’auront plus jamais le dernier mot.

 

Et je crois que ce thème de la libération est tout à fait d’actualité pour nous aujourd’hui. La question que nous pouvons nous poser est la suivante : et nous, de quoi sommes-nous appelés à être libéré dans nos propres vies ?

 

Certes nous espérons de tout notre cœur de pouvoir abaisser nos masques et que la pandémie qui nous empêche encore une fois de nous rencontrer cesse. Nous espérons peut-être libérer notre environnement de l’activité polluante et nocive de l’être humain. Nous espérons être libéré de nos prisons intérieures, celle qui nous enferme sur nous-même et nous coupe du monde. Certains espèrent être libéré d’une maladie qui les empêche de vivre correctement ou d’autres d’un d’une peine liée à un deuil.

 

Si Pâques est la fête de la libération, alors je crois qu’elle peut encore porter ce symbole aujourd’hui pour chacun de nous, avec ce qui fait notre histoire, notre existence. C’est une mise en mouvement, comme ce peuple d’Israël qui a quitté l’Egypte, comme ces disciples et amis de Jésus qui ont espéré au-delà de la mort. Pâque nous met en route, et nous fait nous aussi passer de l’ombre à la lumière, de la peine à l’espérance, de la solitude au partage.

 

Alors, pour dire ce qu’est Pâques aujourd’hui, nous pourrions le résumer ainsi : en route vers la vie !

 

Macaire Gallopin, pasteur


La plume de Maëlle Bader

8 mars et ensuite ?

Lundi 8 mars, je me lève en me rappelant que c’est la journée internationale des droits des femmes. Je me dis que peut-être aujourd’hui, le monde fera une avancée dans la reconnaissance que tous les êtres humains sont égaux. Qu’il n’y a aucune raison de discriminer quelqu’un pour son genre, son sexe ou son orientation. Et puis j’ouvre les journaux, internet… et je vois les publicités ! Des réductions sur des parfums, de la lingerie ou des rouges à lèvres ! Est-ce qu’être femme cela veut simplement dire « être jolie » ?

J’aimerais mettre à l’honneur les femmes dans cette plume. Les femmes connues de l’histoire, Marie Curie ou Rosa Parks, celles dont on ne connaît pas le nom, par exemple celles qui se sont battues pour le droit de vote en Suisse dans les années 70.  Mais surtout, toutes les femmes qui vivent dans un monde qui n’est pas tout à fait, voire pas du tout, égalitaire. A nos grands-mères, nos mères, nos sœurs, nos filles. A toutes ces femmes qui nous inspirent, nous écoutent, nous entendent et nous encouragent. Si parfois nous pouvons avoir l’impression d’être moins importantes, d’être effacées, moins considérées, j’aimerais nous dire à toutes que nous ne sommes pas seules !

Nous connaissons toutes et tous cette phrase qui dit « derrière chaque grand homme il y a une femme », peut-être qu’il est temps de passer à une nouvelle version. Et pourquoi pas « derrière chaque grande personne il y a un entourage » ? Cela marque moins les esprits, mais c’est pourtant bien plus proche de la vérité.

Il me plaît aussi à rappeler que dans la Bible, ce sont bien souvent les femmes à qui on délivre les messages les plus importants. C’est une femme Samaritaine que Jésus envoie annoncer son message (Jean 4), ce sont aussi les femmes qui découvrent le tombeau vide et partent annoncer la résurrection selon la demande d’un ange (Marc 16).

Mettons les femmes à l’honneur, non pas pour leur coquetterie ou leur soutien aux hommes, mais pour ce qu’elles sont, des être humains dotés de forces, de rêves, d’ambitions et de convictions. Alors, quelles sont les vôtres ? Quelles sont celles des femmes de votre entourage ?

Au lieu de rêver les publicités, écoutons-nous ici, pour ce que nous sommes : des êtres humains semblables, égaux et dont la parole de chacun.e est essentielle !

Maëlle Bader, pasteure


La plume de Matteo Silvestrini

 

 

Un étrange arrêt sur image

 

Samedi passé j’ai été frappé à mon réveil par l’étrange luminosité qui enveloppait l’air, le ciel et nos montagnes. Cette invitation inattendue du sable du Sahara, colorant notre ciel à la façon d’une photo « sépia » m’a plongé dans une ambiance à la fois inquiétante et enveloppante. Deux images me sont apparues à l’esprit. La première image est celle de « La chanson d’Azima », de Michel Berger, chantée par France Gall, avec ces célèbres paroles « et le désert avance ». La deuxième est celle du film de Cédric Klapisch, dont le titre était « Peut-être » et qui est sorti en 1999. Ce film met en scène Paris en 2070 entièrement couvert de sable, vivant comme chez les Touarègues. Le sable sur ma voiture m’a rappelé l’image finale du film, celle des parisiens se baladant dans leur ville le premier matin de l’an 2000, avec les premiers grains de sable tombant de manière visible. Certes, les experts nous ont rassurés, le phénomène est tout compte fait banal et ne signifie pas que le désert « avance ». Et pourtant la chanson de France Gall et le film de Klapisch dénoncent justement l’insouciance de notre société face à la réalité des déserts qui avancent, que ce soient les sables du Sahara qui engloutissent pour de vrai villages et oasis, ou que ce soient nos débâcles, les crises et les conflits provoqués par l’être humain. Le ciel sépia du week-end passé, m’a donc semblé une métaphore de ce que nous vivons. Le sépia est souvent utilisé en photographie pour donner un effet nostalgique et l’idée d’un passé qui s'accroche. Nous nous accrochons à des tendres souvenirs qui s'effacent sans s'effacer. Le tout entouré d’une sourde inquiétude pour le futur. L’arrêt sur image donné par cette crise sanitaire se colorie de sépia. Comment dépasser ce stade ? Une porte de sortie m’a été suggérée par une paroissienne de Saint-Imier. Elle nous a écrit sur un groupe WhatsApp ces mots, que j’applique à la « porte de sortie » : « Elle me fait penser à une longue chaîne humaine partie depuis la création du monde où chaque être humain a pu et peut encore apporter et partager avec son prochain la foi, l’espérance et surtout l’amour. Mon souhait est que chacun.e puisse y accrocher son petit maillon pour l’éternité ». Devant le risque de « mourir d’impuissance », comme les Touarègues de la chanson, approprions-nous de ce souhait !

Matteo Silvestrini, pasteur


La plume de Paula Oppliger Mahfouf

 

Je m'étais promis, dans nos bras

Je m’étais promis, en mars 2020, quand tout a commencé, que je saurais le faire. Je m’étais promis quand tout serait fini, qu’ils me verraient le faire.

Une promesse à soi-même, c’est bien peu, ça ne se voit pas, on peut la renier quand on veut, l’évacuer de son esprit, la laisser au placard de sa conscience, la remettre à plus tard. Mais le temps presse, nous sommes bien peu de chose. Et puis le quotidien reprend le dessus : courses, ménage, travail, écrans, collègues à côtoyer, livres qui attendent, enfants à consoler, urgences et cette promesse à retenir. Nous sommes déjà en 2021, et bientôt une année se sera écoulée depuis que je m’étais promis de faire la démonstration de ma tendresse à ceux que j’affectionne. Des gestes simples, ouvrir les bras et à les refermer sur elle-lui, avec quelques pressions des mains pour exprimer combien ils nous sont chers. Pour l’instant je m’en tiens à mes tout, tout, proches et c’est cela que je voulais changer. Je voulais élargir ma capacité à aimer et surtout, à le manifester. Quand la bise fut proscrite, quand la poignée de main fut annulée, j’en fus soulagée et triste à la fois.

Les femmes, dans nos contrées, reçoivent la bise. Trois becs souvent mal placés sur des joues tout aussi frileuses que ces bisous. Les jeunes, eux, n’en font plus qu’une, légère, volage et qui, ainsi, se distingue de ces trois becs protocolaires et vieux jeu. Les hommes, se donnent la main, une poignée franche ou molle, engagée ou du bout des doigts. Ce que j’apprécie dans ces contacts oh combien de proximité pour la période que nous vivons, c’est de renifler autrui. J’aime les odeurs sans m’en effrayer, elles me donnent des indications sur les gens et mis à part pour quelques exceptions, elles sont plutôt difficiles à détecter puisque nous nous en cachons. La poignée de main est aussi un bon indicateur de qui est qui et ce serait un vaste sujet sur lequel écrire encore. Ce que je m’étais promis n’arrive pas, ne peut se pratiquer à l’heure actuelle. Je garde cela au frais et j’essaie, en attendant, de faire la démonstration de l’amour avec les mots. Ceux-là, précieux, doux, rond, dont on ne doit pas être économes. Les « mercis, une fois, mille fois », les « va, et à ton rythme », les « c’est bien, c’est bon, ce que tu fais là ». Il y en a beaucoup et vous les connaissez aussi ces mots doux et banals qui changent tout.

Disons des mots, en attendant de serrer ceux que nous voulons, dans nos bras.

 

Paula Oppliger Mahfouf, catéchète


La Plume de David Kneubühler

 

Une vérité qui dérange

Alors que nous vivons dans une société où l’information est aisément accessible, la vérité semble être un concept très difficile à vivre. Qui dit vrai dans la gestion de la pandémie ? Dans l’élection américaine et ses suites ? Nous avons tellement de sources contradictoires, qu’il faudrait ordonner, classer, que nous ne nous en sortons plus. Et nous glissons alors doucement d’un débat sur les faits à un débat sur la vérité. La raison cède la place à l’émotion, le raisonnement critique à la croyance. Et ce n’est pas un mal que de se dire dépassé, incapable de savoir, de comprendre. Mais nous avons de la peine à le faire. Car précisément, la vérité nous dérange. Elle nous dérange car le mensonge est bien plus confortable. Combien de fois choisit-on de mentir plutôt que de dire la vérité parce que la vérité est exigeante, nous coûte ? Car la vérité n’est jamais bon marché. En permettant de voir les choses comme elles sont, elle n’embellit rien. Tandis que chaque mensonge permet de petit à petit construire des images qui plaisent. Et cela n’arrive pas uniquement dans nos relations aux autres, cela arrive aussi dans la relation à nous-mêmes. Nous n’osons pas reconnaître nos instants de faiblesses, les choses qui ne vont pas. Car nous avons peur du jugement des autres. Peur que la vérité, en plus d’être peu agréable pour nous, attire sur nous le jugement et la critique du groupe.

Le christianisme connaît déjà ces problèmes. Le Nouveau Testament parle régulièrement du côté désagréable de la lumière, de la vérité. Et pourtant, les auteurs du Nouveau Testament et Jésus lui-même encouragent à cette vérité. Parce qu’elle dérange, parce qu’elle oblige à avancer. Elle invite à s’accepter avec sa faiblesse à un moment donné. Pour pouvoir retrouver des forces. Avec Dieu, avec les autres, qui au lieu de juger cette faiblesse, par l’expérience de leur propre faiblesse, soutiennent la personne la plus faible. Si cela n’a pas d’application directe dans les débats de gestion de crise, dans nos quotidiens oui. Pouvoir s’accepter, pouvoir accueillir l’autre comme il est, c’est quelque chose qui permet de traverser de nombreuses crises pour vivre mieux. N’en faisons donc pas une bonne résolution de début d’année, mais bien un objectif de vie, difficile et exigeant à atteindre, mais qui permet en ces temps difficiles de continuer à avoir des forces en tant qu’individu et en tant que société.

David Kneubühler, pasteur


La Plume de Richard Riesen

 

L’Avent

Pour le commun des mortels, le temps de l’Avent est simplement le temps avant Noël. Or l’Avent désigne en fait la venue de Jésus-Christ,  le mot « Avent » étant  dérivé du latin advenire (« arriver »). Ce mot désigne donc l'arrivée, la venue de Jésus-Christ dans le monde, c'est-à-dire sa naissance, et finalement, par catachrèse, un temps liturgique avant Noël. La couronne de l’Avent elle remonte au 19ème siècle, le pasteur luthérien Johann Hinrich Wichern (1808-1884) avait fondé la  Mission intérieure d’Allemagne. Cette institution recueillait des enfants très pauvres dans une ferme et il s’occupait d’eux. Comme, pendant le temps de l'Avent, ils lui demandaient toujours quand Noël allait enfin arriver, il fabriqua en 1839 une roue en bois, avec vingt petites bougies rouges et quatre grandes bougies blanches pour les dimanches.Chaque matin, une bougie de plus était allumée et les enfants pouvaient compter combien il restait de jours jusqu’à Noël. Plus tard on n’a gardé que les grandes bougies, pour les 4 dimanches de l’Avent.

L’Avent c’est donc la venue de Jésus dans le monde, et le temps de l’Avent une attente joyeuse et confiante de la venue de Jésus. Mais étant donné que Jésus est déjà venu dans le monde, alors je peux dire qu’aujourd’hui nous sommes dans le 2ème Avent, l’attente du retour de Jésus, la parousie.

Dans la théologie chrétienne confessante, la seconde venue de Jésus est le retour glorieux de Jésus-Christ afin d'établir définitivement le Royaume de Dieu. À la demande des disciples pour connaître le jour, Jésus a répondu : « Veillez et priez; car vous ne savez quand ce temps viendra ».

Inutile de se perdre en conjectures, l’essentiel est de se confier en Dieu et son amour.

Richard Riesen, pasteur


La Plume de Maëlle Bader

 

Un voile blanc

Cette semaine, alors que nous entamons nos calendriers de l’Avent, que nos décorations de Noël ressortent de leurs cartons et du fond de leurs armoires, voici que nos villages se couvrent d’un voile blanc.

Nos paysages se sont transformés en une nuit, s’unissant d’un bout à l’autre sous le même drapeau blanc, quelques jours à peine après des votations qui nous ont partagées. Et dans une période où il est déconseillé de se retrouver, de se rassembler, qu’il est bon de voir que la nature nous unit et nous rassemble !

Je ne sais pas vous, mais moi la neige m’apaise. Quand ces flocons tombent tout doucement, comme s’ils étaient suspendus dans le ciel, cela me rappelle que nous vivons dans un monde qui va bien vite, qui nous oblige à un stress qui est parfois plus que démesuré. Alors je regarde ces flocons qui dansent devant moi et j’essaie de prendre le temps, de respirer à leur vitesse, puis de trouver ma vitesse à moi.

Et alors je me demande, dans ces semaines compliquées, de quoi ai-je besoin pour moi ? de quoi avons-nous besoin pour aller bien, pour ne pas nous laisser écraser par les mesures sanitaires, par la solitude ou par la quantité de travail ? est-ce que vous aussi vous vous posez ces questions ?

Je me rappelle alors que la neige ne danse pas pour rien, et cela fait écho avec un texte biblique : « La pluie et la neige tombent des cieux, mais elles n’y retournent pas sans avoir arrosé la terre, sans l’avoir rendue fertile, sans avoir fait germer les graines. Elles procurent ainsi de la semence au semeur et du pain à celui qui a faim. »  (Esaïe 55, 10).

Voilà que cette neige nous est tombée dessus, qu’elle agrémente nos paysages et les terres de nos régions. Peut-être qu’en plus, c’est également pour nous rappeler que nous sommes reliés et que nous offrir un zeste de magie de Noël dans ces premiers jours de l’Avent… et faire pousser quelques graines d’espoir, d’amitié et de solidarité.

Quelques flocons pour nous interpeller sur nos vies et peut-être nous donner envie de faire quelques mouvements de danse légère avec eux ?

Alors bon temps de l’Avent à chacun et chacune, que la neige tombante et les lumières qui s’allument partout réveillent aussi espoirs et forces en vous !

Maelle Bader, pasteure


La Plume d'Alain Wimmer


Le temps commence à être long… disait la grenouille !

Cette fois, le temps commence vraiment à être long ! Le temps de la pandémie je veux dire. En mars, on a tenu bon, on s’est tenu les coudes, confinés que nous étions. Et voilà que ça recommence, en pire. Et voilà que c’est parti pour durer nous dit-on. Oui, vraiment nous devons faire preuve d’une drôle de persévérance !

De la persévérance… cela me fait penser à cette fable un peu grinçante que je vous livre ici.

Trois grenouilles curieuses s'aventurèrent un jour hors de l'étang pour explorer le monde. Arrivées dans la cour d’une ferme, des poules les aperçurent et fondirent sur elles pour les dévorer. Paniquées les grenouilles s’enfuirent et sautèrent dans le premier bidon venu pour se protéger, un bidon de lait que le fermier avait posé devant la porte de l’étable.

Elles se retrouvèrent à nager dans le lait. Mais il leur fallait sortir de là au plus vite, avant que le fermier ne revienne. Elles firent essai sur essai, mais l'embouchure du bidon était étroite et ses parois d'acier étaient lisses et glissantes.

La première grenouille était une fataliste. Elle se débattit un moment et dit: "Jamais nous ne sortirons d'ici. C'est la fin !" Elle se laissa couler. La deuxième grenouille était une cérébrale connaissant parfaitement les lois de la physique et de la balistique. Elle exécuta rapidement tous les calculs et fit le saut avec toute la vigueur voulue. Mais, dans ses calculs, elle n’avait pas prévu l'anse du bidon. Elle s'y cogna et coula. La troisième grenouille était une persévérante... Pas un seul instant elle ne cessa de nager de toutes ses forces. Le lait se transforma en un beurre glissant mais ferme. En s'y appuyant, la grenouille réussit facilement à sauter hors du bidon…

De la persévérance… oui, il nous en faut et il nous en faudra. Mais plus que cela encore. Parce que cette fable des grenouilles, elle a un peu le côté moralisateur des bons conseils, des « il faut que… » et des « il suffit de… ». Le Nouveau Testament parle souvent de persévérance dans l’épreuve : c’est que les premiers chrétiens ont vécu dans un contexte de persécutions. Mais, ce qui est frappant, c’est que la persévérance y est souvent associée avec l’amour : il ne faut pas persévérer pour persévérer. Il faut persévérer à aimer et c’est le fait d’aimer et d’être aimé qui permet de persévérer.

Dans une de ses lettres Paul dit de l’amour qu’il ne disparaîtra jamais. Et nous nous pourrions peut-être dire : oui, le temps commence à être long… mais l’amour est éternel !

Alain Wimmer, pasteur


La Plume de Paula Oppliger Mahfouf

 

À prendre ou à laisser: l'invitation au courage

C’est avec bien des appréhensions que j’entre à chaque fois “dans“ la page blanche : « Vas-y c’est à toi de faire cette plume pour le journal! Vas-y, prends ton courage à deux mains et écris ! Vas-y reprends chaque matin ton existence et avance ! »

Et encore : « Sors de toi-même, secoue-toi, ne te lasse pas, n’arrête pas le combat, agis, mobilise ton énergie, sauve le monde, la nature, les animaux » !

En m’entendant souvent dire ces injonctions auto-autoritaires, je constate qu’elles sont portées par l’action et le mouvement. Tête en avant, corps en alerte, cœur magnanime, oreilles tendues et yeux aux aguets ! Je sais que ce courage m’a été donné il y a fort longtemps par une fée vétue d’une magnifique robe couleur des temps et par un mage à longue barbe blanche dans une grotte sombre et envahit de serpents et d’araignées. Non je déconne, en fait ces appels au courage m’ont été transmis par ma maman qui me voyant dépitée d’aller chaque jour à l’école me disait : « allez, ça ira, vas-y » et par mon incroyable professeur de chant qui lui parlait du juste mot, m’exhortant avant d’importants examens d’une grosse voix de basse ferme et lyrique, à rester digne chanteuse, en me lançant des « Cooooooraggio Paola».

Cependant, c’est parfois épuisant d’être ainsi au taquet, de sortir tout son jus et de donner jusqu’à la dernière cellule de son corps pour défendre ses idées, mettre son énergie dans l’entreprise et passer parfois pour l’illuminée de service. Du coup je comprends, les pleutres, les lâches, les poltrons, et les couards et les froussards. Je les comprends d’autant plus qu’ils savent doser et mesurer leurs élans, leurs éclats, et se montrer braves quand il le faut vraiment ! Du moins j’ose l’espérer.

Ce que j’aime beaucoup dans le courage c’est sa racine latine « cor »  d’ou vient le mot cœur. « Car là où est ton trésor là aussi sera ton cœur » dit très justement l’évangéliste Matthieu (Mt 6, 21).

Et de terminer cette plume avec cette nouvelle injonction : pour avoir du courage, il faut en avoir reçu et pour en recevoir il est bon d’avoir le courage d’en donner.

Pour vous en donner, voici quelques citations de sages.

De Virgile : « Macte nova virtute, puer, sic itur ad astra (déploie ton jeune courage, enfant. C’est ainsi qu’on s’élève  jusqu’aux astres »

Et la dernière de Confucius : « il faut que le disciple de la sagesse ait le cœur grand et courageux. Le fardeau est lourd et le voyage est long. »

Paula Oppliger Mahfouf, catéchète professionnelle et prédicatrice laïque


La plume de Serge Médebielle

 

Dieu veut cesser de planer

La Bible commence par la célèbre et grandiose phrase : « Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre ».

Moins célèbre, et plus inquiétant, est le second verset de la Bible : « Et la terre était chaotique et vide, et les ténèbres étaient sur la face de l’abîme ; et l’esprit de Dieu planait sur la face des eaux ».

Le Talmud, vaste commentaire hébraïque, interprète le second verset de la Bible : « Tel est la voie de la création : d’abord les ténèbres, puis la lumière. »

Cette parole résonne comme un appel : de même que nous sortons du ventre maternel dans un monde lumineux, nous sommes appelés à passer de l’ignorance au savoir, de la barbarie à la civilisation, de l’égoïsme à l’altruisme, du trouble à la sérénité, du doute à la confiance, du défi à l’accomplissement.

D’abord les ténèbres, puis la lumière. Pas l’inverse.

Le Talmud interprète la deuxième partie de notre verset (la partie où « l’esprit de Dieu - littéralement en hébreu - voltigeait au-dessus de la surface des eaux ») et explique : « c’est l’esprit du Messie ».

 

Esprit qui planait au-dessus, attendant de se produire, dès la plus lointaine origine, alors même que le temps, l’espace, l’énergie et la matière émergeaient de « l’eau », de l’informe et du vide au premier jour de la création.

La bonté et la perfection sont donc là, planant autour de nous, attendant d’être ancrées dans la réalité et révélées.

Dans l’Antiquité, certains avaient peur que le ciel leur tombe sur la tête et de nos jours nombreux sont ceux qui s’interrogent : « qu’est-ce qui va encore nous tomber sur la tête ? ».

Le croyant, quant à lui, désire que l’esprit de Dieu ou du Messie (Christ) se pose sur sa vie et sur le monde (sans lui tomber dessus !) afin que nous passions patiemment du chaos à l’harmonie, des ténèbres à la lumière.

Le Seigneur veut cesser de planer pour se poser sur toi, moi : nous tous.

Serge Médebielle, pasteur


La Plume de Matteo Silvestrini

 

La xénophobie de Jésus guérie par une femme

Dans l’évangile de Matthieu au chapitre 15,21 nous trouvons une histoire forte étonnante.

Une femme cananéenne, une étrangère, s’approche de Jésus et lui demande de guérir sa fille. Jésus ne répond rien. Silence. Un silence lourd pour cette femme en proie au désespoir. Comme elle insiste, Jésus prononce des mots très durs à son égard : « Je n’ai été envoyé qu’aux moutons perdus de la maison d’Israël ! ». « America first », dira Trump quelques siècles plus tard. Il a sûrement dû penser que cette femme ne cherchait qu’à profiter de ses capacités de guérisseur, sans comprendre le sens profond de la foi juive.

La femme insiste encore ! Elle se jette à ses pieds et implore de l’aide. Jésus la regarde et lui dit : « Ce n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le jeter aux chiens ». Jésus y est allé un peu fort, il la traite de chienne, juste parce qu’elle n’est pas juive !

La conversion arrive grâce à l’attitude de la femme. Elle ne se fâche pas, elle ne l’insulte pas en retour, elle ne part pas en larmes et découragée. Elle réagit, en prenant sur elle l’insulte de Jésus. Elle lui répond : « C’est vrai ! D’ailleurs les chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leur maîtres ». Elle accepte la comparaison avec les chiens, mais elle la retourne. Les chiens ne sont pas dépourvus de tout intérêt pour le bon pain.

Elle démontre ainsi d’avoir compris ce qu’est l’Évangile. Elle invite Jésus à ne pas s’enfermer dans ses catégories identitaires, mais à s’ouvrir aux autres. Jésus semble avoir compris : « O femme, grande est ta foi ! ». Il la renvoie à la maison où elle trouvera sa fille guérie.

Qu’il est facile de se faire piéger par nos propres catégories mentales. Parfois la religion ou une idéologie sont tellement liées à des préconçus que cela nous empêche de voir ce qu’il y a de bon chez l’autre. Jésus enseignait à son peuple d’avoir le cœur ouvert aux autres, il a failli ne pas voir que, le cœur ouvert, doit l’être sans limites.

Si nous pensons à la suite de la vie de Jésus, nous voyons qu’il a compris : l’annonce de l’Évangile est pour l’humanité entière et il a touché l’humanité entière. Cette femme courageuse nous enseigne à oser réclamer une place digne devant notre interlocuteur. Elle nous enseigne à opposer aux préjugés des autres une attitude intelligente et pas dépourvue d’humour.

Si une seule femme a pu changer le cours de l’histoire, alors ne nous décourageons pas, nous le pouvons aussi !

Matteo Silvestrini, pasteur


La Plume de David Kneubühler (Giauque)

 

Tu es à moi, je t’ai appelé par ton nom…

Comme beaucoup de personnes le savent déjà, je me suis marié récemment et j’ai pris le nom de famille de mon épouse. Loin de moi l’idée de m’étaler dans ce billet sur ma vie privée, mais ce changement de nom n’est pas si anodin que ça. Il faut apprendre à s’annoncer sous son nouveau nom, faire de nombreuses démarches administratives. Bref, c’est une vraie transformation. Elle m’a rappelée la phrase d’Esaïe 43, qui sert de titre à cette plume. Certes, dans ce cas-là, Dieu appelle Jacob, devenu par la suite Israël, par son nom et parle par son entremise à son peuple. Malgré le fait que Dieu ne s’adresse pas directement à nous, un tel texte garde un sens pour nous aujourd’hui j’en suis convaincu. Dans une ère où la question du pseudonymat et de l’anonymat face à l’Etat et aux grandes entreprises prend de l’ampleur, sommes-nous encore capables d’être face à face avec Dieu, sans artifices ? Lui qui a longtemps été associé avec la notion de contrôle, notamment des mœurs, sommes-nous d’accord de baisser nos défenses pour le rencontrer ? Car la suite du texte le montre bien : ne pas se cacher de Dieu, c’est avant tout s’exposer à son amour. Ce n’est pas accepter de lui livrer nos détails intimes pour un usage opaque, comme cela pourrait être le cas avec les grandes entreprises ou l’Etat. C’est avoir la chance d’avoir un partenaire qui nous accueille comme nous sommes, sans condition. Quelqu’un qui est prêt à donner tant et plus pour nous. Et ce que nous avons le plus de peine à accepter, c’est de nous retrouver vraiment sans arme et sans armure, pour reprendre une formule du penseur français Jacques Ellul, devant un autre, soit-il tout Autre. Car nous craignons toujours le jugement, pensant ne pas mériter d’être aimés pour qui nous sommes vraiment, avec nos lézardes, nos fêlures. De plus appartenir à quelqu’un est une idée qui nous terrifie, nous qui sommes si convaincus de n’appartenir qu’à nous-mêmes, alors que notre liberté aujourd’hui comme hier est surtout de choisir nos chaînes, comme le rappait Kery James. Dieu nous offre pourtant cette chance, devenue si rare, de pouvoir pleinement nous assumer devant quelqu’un. Une occasion d’appartenir à quelqu’un qui au lieu de nous réduire en esclavage, nous libère de bien des carcans et pensées mortifères. Alors osons cette confiance, quel que soit notre nom ou notre pseudonyme.

David Kneubühler (Giauque), pasteur


La Plume de Werner Habegger


Parabole

« Voici que le semeur est sorti pour semer. Le grain jaillit de sa main et par d’amples gestes, il en a mis partout, à profusion. Il gaspille. Du grain est tombé sur le chemin, et les oiseaux l’ont mangé. Il en est aussi tombé dans des endroits pierreux et le soleil a brûlé les plantes. Il en est tombé dans les ronces et les ronces ont étouffé la semence. Il en est encore tombé dans la bonne terre et les grains en se développant ont donné beaucoup de fruit. »

Le grain est Parole, promesse de la présence de Dieu. Il est semé à profusion. Parole proclamée dans les nombreux lieux de cultes, mais encore en mille autres endroits ; Parole transmise au gré des conversations, Parole vécue par de nombreux gestes d’accueil.

Aujourd’hui, comme hier, la Parole est reçue ou refusée. Aujourd’hui comme hier, les humains sont chemin, sol rocailleux, ronces et terre fertile.

Et j’entends la prière de certains : « Merci Seigneur parce que je suis bonne terre, merci parce que je ne suis pas comme celui-là qui est chemin, ou cet autre qui est pierre, ou encore cet autre qui est buisson d’épines. »

Je préfère la prière suivante :

« Seigneur, mon Dieu, tu m’accueilles comme je suis et c’est ainsi que tu m’aimes.

Parfois, je suis chemin, inaccessible, sombre, révolté. Je n’ai qu’une envie c’est qu’on me laisse tranquille et les grains que je reçois, j’ai envie de les jeter à la figure des gens.

Parfois je suis sol pierreux, superficiel. Je m’enthousiasme, je monte aux barricades, je bouscule, je crée et je me décourage et sèche faute de la patience nécessaire.  Tout n’est pas feu de paille, mais un peu plus de recul donnerait plus de racines et d’assise à mes projets.

Parfois je suis ronces. Les préoccupations et soucis étouffent ta présence. Je me découvre activiste ; tu dois pourtant bien comprendre qu’à force de devoir être partout on n’est plus nulle part. Merci pour ta patience envers moi.

Je suis aussi bonne terre, présence réconfortante pour les autres, trouvant une parole d’encouragement, d’espérance, m’inscrivant ainsi avec une multitude d’êtres humains dans la lignée des témoins de la Parole.

Seigneur, mon Dieu, tu m’accueilles comme je suis et c’est ainsi que tu m’aimes. Merci de gaspiller en moi la Parole. »

Werner Habegger, pasteur


La plume de Marco Pedroli

 

Transparence

Il est perméable et clair, transparent. Traversé par les lumières et les couleurs, le souffle et les sentiments, les soupirs et les désirs. Les hommes et les femmes peuvent ainsi contempler sa vérité et son amour.

Dieu laisse mon regard passer pour aller au fond du ciel, pour réfléchir et méditer, pour rêver aussi. Il ne me retient pas, il ne refrène pas ma pensée. Je peux aller plus loin encore, il reste translucide, il accompagne mon regard et soutient ma quête.

Cette divine transparence accompagne mon regard lorsque je veux voir les hommes et les femmes, que je veux les rencontrer, les écouter, les comprendre. Il ne me retient pas, il ne met pas de filtre. Il me laisse regarder l’autre sans ambages. Je peux les approcher, les aimer et les découvrir sans juger ou les mesurer, je peux les accepter tels qu’ils sont.

Dieu dépasse tout ce que nous pouvons nous imaginer et penser, dire et transmettre. Il est transparent, limpide même, sa lumière traverse les merveilles de sa création. Il est promesse, le message est ouvert. Il transcende tout ce que nous savons de Lui. Il n’a jamais dit son dernier mot.

Dieu n’apporte pas des vérités toute faites, il n’impose pas des réponses bruyantes, mais, à travers la pureté de l’air et du ciel, nous pouvons apercevoir la beauté de sa création et la richesse de ses créatures. Il est transparence. Il est aussi cette parole claire et bénéfique que Jésus a proclamée. Cette parole qui annonce l’amour de Dieu et la vérité qui nous porte et qui nous libère. Une parole qui reste ouverte et légère qui nous guide sans nous contraindre, qui nous insuffle la force de vie et l’espérance d’un monde réconcilié.

C’est un témoignage merveilleux ; Dieu laisse passer sa lumière et sa grâce et il nous le proclame. Nous pouvons ainsi contempler sa création et nous réjouir en Lui.

Marco Pedroli, pasteur


La plume d'Alain Wimmer


Masques en rade ?

Autant le dire tout de suite, je n’aime pas trop les masques médicaux… ils me rappellent tant de souvenirs d’hôpitaux, tant d’attentes subies entre espoir et angoisse … Et puis, c’est juste pénible à porter un masque, surtout en plein été !

Et pourtant, c’est volontiers que je porte et porterai un masque là où les autorités sanitaires le jugeront nécessaire pendant cette pandémie. Pour deux raisons au moins.

D’abord, parce qu’outre Atlantique en particulier, mais pas seulement, le port ou le refus du port du masque médical est devenu un enjeu de politique et de pouvoir. Avec certains leaders politiques qui refusent de le porter, voulant faire croire ainsi à leurs suiveurs qu’ils sont forts et courageux.

Ils oublient une seule chose ces leaders-là, c’est que le masque médical ne sert pas seulement à se protéger, et en fait même pas d’abord à se protéger. Le masque, il sert d’abord à protéger les autres de ce que moi, je pourrais leur transmettre…

Et bien moi, à la suite de Jésus et de beaucoup d’autres, je pense qu’être fort, ce n’est pas se moquer du sort des petits, mais c’est mettre son énergie et ses capacités au service des petits, des oubliés, des rejetés, des sans-noms, des sans-grades. Je pense que le vrai courage, c’est de se battre contre les injustices de toutes sortes, c’est de protéger les autres et la vie, c’est de prendre soin des autres et de la vie.

Je lie la seconde raison à une anecdote de ce temps de pandémie. L’autre jour, accueilli au salon de coiffure par ma coiffeuse, je lui dis en rigolant « et alors, vous ne me souriez pas aujourd’hui ? » Et elle de s’excuser de devoir porter un masque. Du coup, un brin charmeur, je lui dis « mais vos yeux, eux, ils sourient ! »

Et c’est vrai que les yeux sourient… Essayez donc quand vous porterez un masque, dans le train, au travail ou au salon de coiffure ! Essayez, même sans masque, et vous verrez que quand on regarde les autres et le monde avec des yeux qui sourient, la réalité s’en retrouve comme transformée. Plus lumineuse, plus gaie, plus humaine.

Non, tout n’est pas changé, comme d’un coup de baguette magique, quand on regarde le monde avec des yeux qui sourient ; ça ne fait pas disparaitre le virus non plus. Non, tout n’est pas changé, mais quelque chose a changé, ça c’est sûr. Et chacun·e de nous est capable de le faire.

Alain Wimmer, pasteur


La plume de Matteo Silvestrini


Fragilités

Nous vivons une période qui, entre virus et manifs anti-racistes, nous dévoile notre fragilité humaine. Notre santé, notre sociabilité, notre économie et nos valeurs du vivre ensemble en ont pris un sacré coup. Un bel article apparu dans ArcInfo du théologien Pierre Bühler, interroge la rage contre des personnages statufiés qui, dans le passé, ont vécu des compromissions avec la traite négrière. Oui, il y a des personnes, même des philanthropes, qui ont profité du système de l’esclavage ! Aujourd’hui, nous pose la question M. Bühler, quelles compromissions sommes-nous prêts à faire pour notre confort ? Savons-nous que les fruits que nous mangeons, venant d’Italie ou d’Espagne, sont récoltés par des ouvriers en situations de quasi-esclavage ? Savons-nous que le matériel minéral qui compose nos portables a été récolté la plupart du temps par des enfants aussi en situation d’esclavage ? C’est beau de s’insurger contre les esclavagistes d’hier, mais eux, ils ne sont plus là. Qui sont les esclavagistes d’aujourd’hui ? Nous sommes les esclavagistes de l’époque contemporaine, nous toutes et tous, avec notre mode de vie. L’Eglise réformée soutient l’initiative pour des multinationales responsables. Ce n’est pas tant dire que les multinationales sont forcément « méchantes ». La réalité est bien plus complexe, ces entreprises créent aussi des places de travail et contribuent au processus de développement des états émergents. Mais il est aussi vrai que, la nature humaine étant ce qu’elle est, sans contrôle et limites, les abus envers les populations fragiles sont non seulement possibles, mais avérés. Mais, comme pour les statues, il ne s’agit pas tout simplement de se décharger de toute responsabilités, ayant trouvé un bouc émissaire pratique, mais prendre conscience que notre mode de vie impacte notre environnement, humain et écologique. En effet, les premiers clients des multinationales, c’est nous. On en revient à la fragilité de l’existence humaine, à ses incohérences et besoins. Si seulement nous pourrions prendre en compte nos fragilités partagées avec nos frères et sœurs en humanité !  L’évangile ouvre des pistes, celles de la compréhension réciproque, de la solidarité et de la fraternité, puisque nous sommes toutes et tous fragiles. Ce n’est pas imaginer de vivre dans un pays de Bisounours, mais d’être prêts à renoncer à quelque chose de notre propre confort, afin que d’autres puissent aussi en profiter un peu, dans un esprit de partage et d’amitié. Vaste programme de remise en question !

Matteo Silvestrini, pasteur


La plume de David Giauque

 

Un repos bien immérité

Alors que nous semblons quitter lentement le temps de la pandémie, voici que les activités reprennent l’une après l’autre, que tout est bientôt comme avant. L’un des slogans élaborés au cours du semi-confinement est : « pas de retour à l’anormal ». Est-ce que notre normalité précédente n’était qu’apparente ? Peut-être. Car si ce slogan veut surtout alerter sur la destruction de la planète par une logique de croissance économique infinie, je crois qu’il permet aussi de nous interroger sur ce qui produit cette croissance : notre travail. Pendant des siècles, le travail a été vu comme une corvée, une punition. Dès le livre de la Genèse, Dieu l’impose à l’homme comme un châtiment en raison de sa dégustation du fruit défendu. Mais voici qu’aujourd’hui, travailler est vu comme quelque chose de plutôt positif. Si l’on s’est toujours méfié des personnes oisives, qui ne faisaient rien, le travail n’était pas pour autant vu positivement. La preuve avec la noblesse, qui ne travaille ou ne travaillait que très peu. Tandis que notre monde, dominé par la bourgeoisie, valorise au contraire le travail et la réussite apportée par celui-ci.

La religion juive et à sa suite la religion chrétienne, instaure un jour de congé, nommé le Sabbat. Ce jour se justifie dans les textes bibliques de deux façons. Une première fois, à la suite immédiate de la sortie d’Egypte, par le fait que Dieu, après avoir œuvré six jours pour créer le monde s’est reposé et que son peuple doit en faire de même. Une seconde fois, lorsque Moïse reçoit les tablettes de la Loi, le Sabbat représente un repos en commémoration de la sortie d’Egypte, de la fin de l’esclavage.

Dans notre société souvent très active, pour ne pas écrire agitée, entendre un tel discours fait du bien. Si Dieu lui-même s’est reposé un jour, nous pouvons en faire de même, non ? Et si son peuple observe le repos, c’est aussi pour marquer symboliquement la fin de l’esclavage, du travail plus ou moins absurde, mais en tous les cas, forcé. Pour dire que les grandes œuvres de l’Egypte de l’époque sont belles, mais pas essentielles à une vie épanouie.

Retournerons-nous donc à la normale, à « l’anormale » ? Continuerons-nous de nous tuer à la tâche parce que c’est ainsi que l’on nous dit que l’on réussit sa vie ? Ou oserons-nous accepter que le repos, tout immérité soit-il, est un bien précieux et nécessaire à notre équilibre ? « Quel normal » et quel retour ou nouveau départ ? À nous de choisir en connaissance de cause !


La plume de Werner Habegger

 

Il y a des raisons d’espérer

Tout repart ! On en vient à espérer que la vie sera comme avant ! Les protections tellement importantes pendant ce semi-confinement volent en éclat ! N’est-ce pas ce que nous espérions au fond de nous-même !

La vie est paradoxalement devenue plus compliquée. Avant on obéissait plus ou moins, mais on savait ce qu’il fallait faire !

Maintenant tout est permis ! Mais si le virus traîne par-là, tient, on l’aurait presque oublié celui-là, alors on va se remettre en quarantaine ! Je n’ai toujours pas envie de prendre le risque de me retrouver aux soins intensifs !

Tout est permis, mais c’est compliqué.

J’ai retrouvé au fond d’un tiroir une citation de Maurice Bellet que j’avais affichée dans mon bureau !

« Le seul vrai malheur est la prétention. Mais tout est permis, si l'on demeure dans cette humilité : de tracer le chemin qu'on peut, avec la part de clarté qu'on a, pour se tenir à hauteur d'homme, prêt à entendre toute parole qui nous mènera plus loin. » 

Reprenons !

Les prétentieux pullulent ! Ceux qui savent tout, sur rien ! Ceux qui auraient mieux fait ! C’est vrai qu’après on est toujours un peu plus intelligent. Garde-moi Seigneur de la prétention.

Je peux alors prendre le risque de vivre libre ! Délivré de la prétention, je deviens forcément humble. Je trouverai mon chemin avec la clarté que j’ai !

Délivré de la prétention je pourrai rester à mon niveau d’homme ou de femme à l’écoute de mes semblables ! Il y a tant de gens autour de moi qui ont une parole de bon sens, une parole chargée d’espérance, une parole clairvoyante, une parole qui permet d’aller plus loin.

« Oui, moi, le SEIGNEUR, je connais les projets que je forme pour vous. Je le déclare : ce ne sont pas des projets de malheur mais des projets de bonheur. Je veux vous donner un avenir plein d’espérance. » (Prophète Jérémie)

Oui, il y a des raisons d’espérer.

Werner Habegger, pasteur


La Plume de Richard Riesen


Jonas et la miséricorde

Pour le prophète Jonas, les choses semblent limpides. Lui est bon, les Ninivites sont méchants, et Dieu doit les punir en détruisant leur ville. Lorsqu’après bien des péripéties il arrive à Ninive, et qu’il constante la repentance de tous les habitants y compris du roi et que Dieu ne va pas détruire la ville, il se fâche (Jonas 3/10-4/2) :

«Dieu vit qu'ils agissaient ainsi et qu'ils revenaient de leur mauvaise voie. Alors Dieu se repentit du mal qu'il avait résolu de leur faire, et il ne le fit pas. Cela déplut fort à Jonas, et il fut irrité.  Il implora l'Éternel, et il dit: Ah ! Éternel, n'est-ce pas ce que je disais quand j'étais encore dans mon pays ? C'est ce que je voulais prévenir en fuyant à Tarsis. Car je savais que tu es un Dieu compatissant et miséricordieux, lent à la colère et riche en bonté, et qui te repens du mal».

Jonas se fâche parce que Dieu agit avec miséricorde et offre le pardon…

Pourtant, sur le bateau que Jonas avait pris pour aller dans la direction opposée, les marins ont agi avec compassion et miséricorde. Jonas s’était mis au fond du bateau et dormait, il voulait oublier sa mission, mais Dieu ne l’a pas oublié. Jonas avoue aux marins que lui est responsable de la tempête parce qu’il a ignoré le message de Dieu. Il demande aux marins de le jeter dans la mer, mais les marins essaient de tout faire pour empêcher cela. Ils implorent leur dieu, le pilote demande à Jonas d’invoquer son Dieu, les mariniers allègent le bateau et invoquent Dieu (qui répond favorablement à cette prière, le bateau ne coulant pas), et ils apprennent un bout de théologie à Jonas en disant (1/14) :

«Car toi, Éternel, tu fais ce que tu veux».

Jonas aurait voulu que Dieu fasse ce que lui avait imaginé, détruire la ville, et les marins eux font acte de compassion et de miséricorde, et disent à Jonas que Dieu est libre de faire ce qu’il juge bon. Mais Jonas ne comprend pas encore que cela implique que Dieu peut même se repentir du mal qu’il avait résolu de faire. Les marins finalement après avoir tout essayé pour ne pas devoir le faire,  jettent Jonas à la mer, qui se retrouve dans le ventre d’un grand poisson.

Et là dans le noir et les pires difficultés, étonnamment, il prie, il remercie déjà Dieu de l'avoir sauvé, alors que rien ne le laisse supposer. Mais il devra encore apprendre que Dieu fait ce qu’il veut, et que la volonté de Dieu n’est pas de punir, mais de pardonner et sauver.

Richard Riesen, pasteur


La Plume de Paula Oppliger Mahfouf

La visite des anges

Ouvrir sa bible sans qu’on y soit obligé. Ouvrir une bible, ce que j’appelle aussi « le grand livre ». Se laisser guider par cette surface plate et fine de pages successives. N’attendre rien de personne, curioser, au gré des livres bibliques, des chapitres. Chercher et éventuellement trouver un sujet en adéquation avec sa vie.

J’encourage les catéchumènes à le faire, à aiguiser leur esprit critique et à lire d’abord pour faire simplement connaissance avec ces mots, incompréhensibles souvent, et venus d’un temps lointain. Lorsque les mots entrent cela ne veut pas dire qu’ils sont compris. Lorsqu’ils sont compris, nous avons encore tant de chemin à faire pour que l’histoire se dégage et quand nous arrivons enfin à la voir défiler dans sa globalité, on se demande :« qu’est-ce qu’elle peut bien nous raconter » ?

Nous autres fidèles, savons redire les histoires bibliques que l’on nous a narré lorsque nous étions enfant, au temps où nous étions encore perméables à l’extraordinaire, au tout Autre et à la visite des anges. Devenus adultes nous avons tendances à nous laisser porter par les propos de ceux qui savent parce qu’ils ont fait des études théologiques. Heureusement nous avons aussi et c’est cela que j’aime communiquer à nos catéchumènes, un esprit, une tête, un corps, des tripes et un cœur pour ressentir et penser par nous-mêmes. Nous avons le droit de nous faire notre propre opinion des textes bibliques. Nous avons, j’ai, le droit de croire en Dieu et en Jésus comme je veux et comme je le ressens.

Echanger sur la question religieuse, sur les textes, sur la tradition, les pratiques et les rituels est pour moi le rempart contre l’extrémisme religieux, celui qui dit au fidèle comment il doit croire, penser, manger, aimer et vivre.

Claude Lagarde est un théologien passionné et un pédagogue émérite. Il a développé une méthode catéchétique qui me semble valable pour tout un chacun. Je vous la fait brève et rapide : 1.Je lis un texte biblique. Dans l’idéal je l’écoute en ayant le texte sous les yeux.

2. Je redis l’histoire, ce que je me souviens, ce que j’en ai compris. 3. Je cherche ce qui ne fonctionne pas dans ce texte, ce qu’on appelle les aspérités du texte. 4. Je rentre en moi pour voir à quoi ce texte me fait penser dans MA vie. 5. Je m’élève spirituellement en y comprenant le sens symbolique et divin pour MOI !

Tout un programme donc que je vous encourage à expérimenter par vous-même, en quête d’humanité et de divin et en compagnie des anges, peut-être !


Paula Oppliger Mahfouf, catéchète professionnelle et prédicatrice laïque


La Plume de Marco Pedroli

 

Souffle

Le souffle de Dieu est sorti de son confinement. Il est libre, « il souffle où il veut et tu en entends le bruit ; mais tu ne sais d'où il vient, ni où il va » (Jean 3,8). Le souffle de Dieu ne se laisse pas retenir par nos barrières ou par nos préjugés. Il souffle et veut conduire les hommes et les femmes auprès de Dieu.

A Pentecôte le souffle s’est manifesté de manière visible et bruyante. Tous pouvaient le voir et l’entendre. Les personnes présentes entendaient chacune le message dans sa langue maternelle : Jésus vivant, Jésus sauveur de chacun.

Grâce au souffle Dieu est tout à coup très proche, dans notre oreille, dans l’intimité de notre cœur. Il nous insuffle la conscience de la présence de Dieu dans nos regards, nos mots, nos gestes, dans notre propre souffle. Il est là, présence discrète mais combien intense et forte, indestructible, comme une semence. Il nous ouvre à cette vérité du salut en Jésus le vivant et de l’amour de Dieu pour toute l’humanité.

Des hommes et des femmes, souvent même des responsables d’églises, ont parfois cherché à canaliser le souffle de Dieu. J’allais dire le baptiser, lui donner un nom, le définir, le figer, l’attribuer à leur propre pensée, à leur théologie, à une église. Dans leurs réflexions, l’esprit était très saint et ils ont cherché à le retenir. Mais le souffle leur a échappé, comme le sable lorsqu’on cherche à le retenir dans nos mains. Il ne soufflait plus.

Personne ne peut arrêter le souffle de souffler et lorsqu’on cherche à le diriger il souffle ailleurs, autrement que prévu. Il est présent là où des hommes et des femmes s’engagent et luttent pour l’amour et la vérité. La vérité et la force divine sont imprévisibles. Elles amènent la délivrance, le renouveau. Il est impossible de donner des limites à ce souffle, de l’enfermer dans nos théories et nos croyances, de le canaliser. Cependant nous sommes tous les enfants du même esprit, appelés à participer à sa création d’amour et de vérité.

Dans cette période déroutante que nous vivons, nous nous rendons particulièrement compte à quel point nous avons besoin de ce souffle, même si nous ne le voyons pas. De sa présence qui nous permet de respirer, de sa tendresse lorsque celle des autres est parfois lointaine, de cette espérance qui nous redonne vie. Nous pouvons nous ouvrir à lui, le laisser venir et nous habiter, être prêts à l’accueillir. Il vient sans que nous l’ayons cherché, de manière surprenante et précieuse, tout à coup nous sentons une présence comme une légère brise d’amour.

C’est le mystère et la plénitude du souffle. Il est subtil et fin, il est léger et souple, rapide et fidèle. Dans nos tourments et dans nos joies, il est ce vent dont nous ne savons pas d’où il vient, ni où il va, mais nous avons cette certitude qu’il nous entraine sur les chemins du Seigneur.

Marco Pedroli, pasteur


La Plume de Richard Riesen

 

Ne me touche pas!

On pourrait croire que cette phrase est issue directement de la pandémie actuelle. Nous avons envie de nous serrer la main, de nous prendre dans les bras, de nous embrasser, mais nous savons que cela n’est pas conseillé, par solidarité envers les personnes à risque. Cette phrase date de presque 2000 ans, elle se trouve dans l’évangile selon Jean, au chapitre 20, lorsque Marie de Magdala se rend au tombeau le matin de Pâques, pour embaumer le corps de Jésus qu’elle pensait mort : « Jésus lui dit: Femme, pourquoi pleures-tu? Qui cherches-tu? Elle, pensant que c'était le jardinier, lui dit: Seigneur, si c'est toi qui l'as emporté, dis-moi où tu l'as mis, et je le prendrai.  Jésus lui dit: Marie ! Elle se retourna, et lui dit en hébreu: Rabbouni ! c'est-à-dire, Maître !  Jésus lui dit: Ne me touche pas; car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Mais va trouver mes frères et soeurs, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.  Marie alla annoncer aux disciples qu'elle avait vu le Seigneur, et qu'il lui avait dit ces choses ». Pourquoi cette réponse de Jésus, « ne me touche pas » ? Marie avait rencontré Jésus de son vivant, et ce matin-là elle voulait lui rendre un dernier honneur, embaumer le corps. En ne voyant pas le corps dans la tombe, elle pensait que quelqu’un l’avait enlevé. Le tombeau vide, signe de la victoire de la vie sur la mort, de l’amour sur la haine, de la résurrection de Jésus de Nazareth, était dans un premier temps pour elle signe de tristesse, parce qu’elle n’avait pas du tout imaginé que ce Jésus était ressuscité des morts. Sans doute Marie veut toucher Jésus, se rendre compte qu’elle ne rêve pas, mais aussi quelque part retenir ce Jésus dans une relation d’avant la résurrection. Jésus en lui demandant de ne plus la toucher, veut la préparer à cette nouvelle étape, nouvelle situation, où Jésus ne sera plus présent de la même façon, où on ne pourra plus le serrer dans ses bras comme avant sa mort, mais le serrer dans son cœur, guidé par le St-Esprit qui conduira dans toute la vérité. L’amour de Dieu est le même, il triomphe de tout, mais le monde a changé, Jésus sera présent, mais différemment, et pour tout le monde, et non seulement dans le petit pays d’Israël, même si déjà de son vivant Jésus a rencontré juifs, grecs, romains, hommes, femmes. Marie et les disciples sont invités par Jésus à répandre la bonne nouvelle de sa résurrection, espoir pour toute l’humanité.

Richard Riesen, pasteur

 

 


La plume de Gilles Bourquin


Gilles Bourquin est pasteur dans la paroisse de Rondchâtel. Il tient aussi son propre blog traitant de théologie et spiritualité.

Une nature plus revêche que prévu

Le discours désormais dominant de l’écologie contemporaine affirme que l’harmonie naturelle de l’écosystème Terre a été progressivement perturbée par le développement des civilisations humaines. L’agriculture, l’élevage, l’usage du feu, l’invention de la roue, jusqu’aux innombrables progrès techniques des sociétés modernes, sont responsables d’un envahissement des biotopes sans précédent, entrainant une crise toujours plus irréversible de la biodiversité et des climats. La nature est donc le bien originel, et l’homme la cause du mal, car il ne respecte pas le bien.

Or, nous le savons, ce sont nos manières de nous raconter notre histoire qui forgent nos croyances. Avant l’ère écologique, une façon inversée de raconter nos origines a prévalu. Selon cet autre discours, la nature est un cortège de forces chaotiques qui rendent toute vie pénible dans l’écosystème Terre. Les perturbations climatiques font violence aux êtres vivants, qui luttent les uns contre les autres pour leur survie. Dans leur milieu naturel, les hommes primitifs étaient soumis à une vie très rude.

Tous les progrès des civilisations, à commencer par l’agriculture, l’élevage, mais aussi l’usage du feu, la construction d’abris contre les prédateurs, puis d’habitations et de réseaux de communications, ne visent qu’à juguler et normaliser le monde désordonné de la nature, afin de créer de meilleures conditions de vie, moins dangereuses et plus confortables. Selon cette optique, la nature est la source du mal-être originel, et l’homme cherche à augmenter son bien-être en rendant son milieu de vie plus humain.

Laquelle des deux histoires correspond le mieux à la réalité ? Le Covid-19 fait pencher la balance du côté du second discours : l’écologie est donc momentanément en sourdine. Et de quel côté penchent les récits bibliques des origines ? C’est difficile à dire. Dans le livre de la Genèse, on trouve un mélange des deux histoires : Dieu crée la nature bonne et le péché n’arrive qu’avec l’homme, qui est chassé du paradis. Du coup, la situation de l’homme dans la nature est problématique dès les origines : il doit travailler dur pour labourer la terre et la femme enfante dans les douleurs. Le rapport de l’homme à la nature n’a donc jamais été simple, et il n’est pas près de se résoudre !


La plume de Werner Habegger


Confinés

Le soir même du jour de pâques, les disciples sont confinés dans leur maison. Confinés par peur des autorités. Après avoir exécuté leur maître elles s’en prendraient à eux. Il se passe alors quelque chose d’étrange, une apparition. Pour décrire l’inexplicable l’évangéliste Jean écrit trois récits d’apparition. Pas un récit d’esprits, pas une vidéo conférence. Une apparition. Il y a de la présence, il y a du corporel, il y a une parole : que la paix soit avec vous. Une semaine plus tard rebelotte avec Thomas. Il a besoin de voir, de toucher. L’apparition de leur maître transforme les disciples et les remplit de joie.

Ça fait maintenant un mois et demi que nous sommes confinés à cause du virus.

J’suis pas bien. Bien sûr, je ne suis pas à plaindre. J’ai tout ce qu’il faut, un bel appartement, une terrasse, un bois tout proche, une auto pour m’évader, une épouse à mes côtés. On prend soin de moi, je communique par téléphone, par Skype et finalement j’ai de la chance d’être en Suisse.

Et pourtant j’suis pas bien. Je me vois dans la peau de Thomas, j’ai besoin de plus que des promesses ou des encouragements. Le contact humain me manque, mes enfants, mes petits-enfants, mes amis me manquent. J’ai besoin de les serrer dans mes bras, j’ai besoin de toucher. J’suis pas bien. C’est aussi ma protestation ; je ne veux pas d’un monde sans contacts humains seraient.

Nous nous engageons depuis peu dans la phase de déconfinement. L’évangéliste Jean écrit un dernier récit d’apparition. Les disciples ont repris leur métier de pêcheur. Ce jour-là la pêche n’est pas bonne et voilà que Jésus se tient sur le bord du rivage. Une apparition et il ne le reconnaissent pas tout de suite. Il veut manger avec eux et demande du poisson. Il faudra quelques conseils de pêche pour que le repas ait lieu.

Pour nous aussi la vie professionnelle reprendra progressivement. On nous rappelle bien que ce ne sera pas comme avant et mon besoin de toucher, de prendre dans mes bras attendra encore un peu, ah, ces fameux deux mètres de distance !

Pourtant un changement est possible. Le ressuscité se tient devant nous, sous les formes les plus diverses, même si nous ne le reconnaissons pas. Il se tient sur le bord de la plage, dans la forêt.  Il se tient dans les humains lors des rencontres et dans un bon repas. L’expérience de cette présence n’est pas une fois pour toute, elle est à refaire chaque jour. Elle est source de joie et de paix.

Werner Habegger, pasteur


La plume d'Alain Wimmer


Libération

En cherchant un récit de la Bible qui puisse entrer en résonnance avec notre situation de semi-enfermement, c’est à un épisode des Actes des apôtres que j’ai pensé (Ac 12, 3-17). Cela se passe plusieurs années après la mort et la résurrection de Jésus, mais comme pour Jésus, cela commence aux jours de la fête de la Pâque.

Pierre, le chef des disciples, est jeté en prison par le méchant roi de l’époque. Et pour être sûr qu’il ne s’évade pas, le roi ordonne à seize soldats de le garder ! La nuit - est-ce un rêve, Pierre ne sait pas vraiment - un ange apparaît, avec une grande lumière, comme il se doit : les chaînes tombent des mains de Pierre qui s’habille, attache ses sandales et sort à la suite de l’ange, toutes les portes de la prison s’ouvrant devant eux…

C’est ma compréhension d’enfant écoutant ce récit qui me revient d’abord à l’esprit. Celle d’un enfant à qui le côté magique de l’histoire ne pose aucun problème : le beau récit d’un humain libéré des mains des méchants par une ange. Et puis, avec l’âge adulte, une compréhension plus symbolique : la conviction que les prisons sont bien souvent intérieures… et que dans ces obscurités-là aussi j’ai besoin de lumière, que de ces prisons-là aussi j’ai besoin d’être libéré.

Mais pourquoi alors, ai-je l’impression aujourd’hui que nous, adultes, attendons une libération, presque magique, du Coronavirus ?

Non, libération magique il n’y aura pas. Mais libération il y aura j’en suis convaincu. Et grâce à un « ange » aussi. Pas un ange ailé, mais un ange constitué de toutes celles et ceux, qui jour après jour, soignent, aident, sauvent, s’isolent, nettoient, désinfectent, nourrissent, acheminent, assument, accompagnent, consolent, donnent… Et à une lumière faite de tous les espoirs partagés, de toute la confiance reçue et donnée.

Deux détails de ce récit me parlent encore. D’abord quand il précise que « l’Eglise priait Dieu avec ferveur pour Pierre ». On peut y voir une simple pratique religieuse, mais aujourd’hui cette référence me fait penser plutôt aux applaudissements, cris, danses, chants et musique de chaque soir. Si c’était ça prier ? Plus qu’un signe de religiosité, un acte de solidarité ?

Le second est un trait d’humour du récit : Pierre libéré à main forte va frapper à la porte de la maison des disciples, mais la maisonnée est si surprise que tout le monde commence à laisser éclater sa joie ou à discutailler pour savoir si c’est possible… laissant Pierre enfermé dehors… Quand nous serons libérés, j’espère que nous n’oublierons pas d’ouvrir nos portes aux autres. Parce que, de solidarité, nous en aurons plus que jamais besoin !

Alain Wimmer, pasteur


La plume de Serge Médebielle


La peur, mauvaise conseillère ?

Il y a quelques semaines, au début de ce qui s’est avéré être une pandémie, certaines voix ont égrené ce refrain dans le but de faire comme si de rien n’était – ou presque : « faut pas céder à la panique, on exagère », parfois sur un ton supérieur…dans le but éventuel de continuer toutes sortes d’activités, comme prévu.

Il y eut d’un seul coup deux camps : ceux qui n’avaient pas peur et ceux qui avaient (trop) peur.

Depuis, les sans-peur se sont fait les chantres du « restez chez vous » tout en vous prodiguant leurs consolations…de loin.

Alors, au-delà de ces péripéties de la nature humaine vieilles comme le monde, une question générale demeure : est-ce juste d’avoir (parfois) peur ? « Ma » réponse est : oui.

La peur nous invite à rester humble face aux événements, naturels ou autres, que nous ne pouvons toujours maîtriser. La peur est un signal déclencheur : face à l’irruption de l’extra-ordinaire, il faut réagir et changer notre regard et nos habitudes. La peur révèle tous ces visages anonymes d’ayant-peur-pour-le-prochain qui se dévouent à autrui en prenant des risques en toute discrétion. La peur nous révèle une vérité naturelle qui peut devenir libératrice : elle se trouve résumée dans le titre d’un roman italien, « Tuttalpiù muoio », « Au pire, je meurs ». Mortels.

Il y a les sans-peur qui refoulent cette vérité dans une inconscience qui serait risible si elle n’était pas dangereuse.

Et ceux qui dont la peur reflète leur humilité de mortels et leur désir courageux d’agir avec cœur pour autrui (le mot courage vient d'une racine latine « cor » qui signifie :  cœur).

Tous les grands personnages bibliques ont eu peur ; même au matin de Pâques (Marc 16, 8). C’est la foi qui les a remis debout et non l’absence de peur.

Avec courage, joie et noble crainte de l’Eternel.

Serge Médebielle, pasteur


La plume de Paula Oppliger Mahfouf

Le temps suspendu

Longtemps j’ai cherché les gens dans leur maison, dans leur jardin. Le jour, en marchant, la nuit observant les lumières.

Longtemps j’ai vu de jolies maisons verdoyantes, harmonie entre la pierre et le végétal, entre les arbres plantés là et l’ouverture des portes sur le jardin.

Longtemps je me suis dit que de si beaux lieux méritaient d’être vivants! Je rêvais de tables  déplacées dans un jardin pour se retrouver et manger.

Sortir les chaises, sortir le vin et le repas, le sirop pour les enfants et chanter ensemble le soir devant la lune.

À la place, dans ces jardins, je vois le mobilier gris en faux rotin où personne ne s’assied.

Mais le temps suspendu apparaît. La maison devient hospitalière, un refuge, un foyer. Elle s’anime soudain parce que la vie y grouille : enfants, adolescents, adultes, chien, chat, poissons. Elle est habitée à chaque étage. Dans chaque pièce quelqu’un y travaille, y rêve, regarde par la fenêtre. Casaniers nous n’étions pas, casaniers nous sommes devenus.

Le temps est suspendu.

Tout était vitesse, sortir, entrer. Amener celui-là là, celle-ci ici. Entrer, sortir, revenir tard, se lever tôt, prendre des véhicules, des trains, laisser la maison vide et silencieuse. Laisser les plantes vertes, le mobilier, la vaisselle et le jardin. La primevère fleurit, les pensées éclosent, la clématite exhale, la végétation pousse. Le dimanche, l’enfant sort dans le jardin, le mobilier en faux rotin gris accueille quelques oisifs et l’apéro se prend dehors. Un œil aperçoit le merle, les fleurs, et une voix dit : «votre jardin est beau au printemps »! La vie passe vite, printemps, été, automne, hiver.

Nos horaires sont pétris de rituels. De ceux du travail, des loisirs, des obligations que nous portons. Ce temps là, pour l’instant, est arrêté. Suspendu dans un point d’interrogation, dans l’air de cet espace chargé de particules et d’incertitudes de toutes sortes, parfum de finitude et d’angoisses perceptibles. La chaleur du foyer est une récompense. Dans cette proximité constante, les liens que nous avons tissés avec nos proches se vérifient et se testent sans échappatoire pour aucuns de nous !

Aussi longtemps qu’il existe, coconnez-vous, lovez-vous dans votre petit ou vaste lieu de vie. Plein comme un œuf ou vide à souhaits, c’est votre tanière, votre refuge, votre grotte. Il est  façonné par vos images, décorez des objets que vous aimez, il parle de vous, petits, grands. C’est votre bateau dans la tempête qui fait rage ! Naviguez.

Paula Oppliger Mahfouf, catéchète professionnelle


La plume de Lara Kneubühler

Notre productivité et nous

« Il est 7 heures du mat' sur l'horloge de mon existence

Je regarde la petite aiguille et j'imagine son importance »

Grand Corps malade « Midi 20 », Universal 2006

Les rues sont quasi vides, presque tout est fermé et il semble que la vie s’arrête. Nous n’avons plus personne à voir, d’endroits où aller, d’activités à faire. Bien sûr, l’essentiel de l’existence demeure : se nourrir, s’occuper de sa famille, nettoyer le lieu de vie. Le confinement encouragé par la Confédération ralentit toutefois considérablement notre rythme. Ce changement d’une société frénétique et stressée à une société ralentie et mise en suspend n’est pas sans nous secouer au plus profond, dans notre identité même. Cela semble peut-être exagéré au premier abord et pourtant le confinement pose la question : et maintenant, quoi ? Notre réponse en dit long sur notre vision du monde et de nous-mêmes. Beaucoup se sont réjouis d’avoir enfin du temps pour. Ecrire, dessiner, repeindre une chambre, en bref : toutes ces activités qui passent bien souvent à la trappe du quotidien. Rien d’étonnant à cela : notre société moderne se définit par le faire. Pour être valorisé(e), il faut avoir fait beaucoup de choses. Il faut savoir gérer sa vie seul(e) entre travail, loisirs, vie sociale et responsabilités ménagères. Et si possible s’épanouir et se trouver soi-même. Un sacré catalogue de choses à accomplir ! De surcroît, leur accumulation présente une grande pression et charge mentale. En ce sens, il est intéressant de remarquer qu’un certain nombre de personnes ont le réflexe d’importer la frénésie sociétale dans ce temps décéléré. Le temps devient donc un moyen : il faut atteindre, faire, produire. Malheur à nous s’il nous venait à l’idée de nous arrêter un instant ! Rien d’étonnant à cela : notre société moderne se définit par le faire. Or, la perspective du christianisme est toute autre : nous sommes, alors nous avons de la valeur. Le simple fait d’exister suffit. Être suffit. C’est dans l’être et non dans le faire, dans la simple existence en tant que personne aimée et acceptée par Dieu que nous recevons notre valeur.

Lara Kneubühler, pasteure


La plume de Marco Pedroli

Les risques et la promesse

Vu mon âge, je suis une personne à risques. D’ailleurs autour de moi il y a plein de personnes à risques. Il y a les retraités, mais pas seulement. Car de nombreuses personnes ont des maladies chroniques et des traitements, contre le diabète, l’hypertension, l’asthme ou des allergies. Elles sont toutes à risques.

Ceux qui ne sont pas eux-mêmes à risques ont dans leur entourage une personne vulnérable, fragile ou malade. Nous sommes tous en lien avec des femmes ou des hommes fragiles et nous dépendons les uns des autres.

« Autrefois », je veux dire avant l’apparition du virus, il n’y avait pas de personnes à risques. Que des biens portants, forts, courageux, musclés, beaux. Ils faisaient la fierté de notre société occidentale bien développée. Tout le monde était heureux, les affaires allaient bien, la bourse bondissait de joie. Les seniors et les personnes atteintes dans leur santé faisaient tout pour vivre en harmonie avec les bien portants, forts et courageux, si bien qu’il n’y avait pratiquement plus de différences.

Juste les très vieux, les très malades et les « quand même un peu bizarre » ne participaient pas au bal. On les mettait à part, dans des maisons spéciales, ou dans des hôpitaux ou alors on les laissait seuls dans leur coin.

Aujourd’hui, nous sommes tous retirés dans notre coin. Confinés comme on dit. Pour éviter les contacts et ainsi arrêter la progression du virus. Nous sommes tous à risques, tous fragiles, tous vulnérables, tous susceptibles de recevoir le virus et de le transmettre.

Plus qu’avant, nous nous rendons compte à quel point nous avons besoin les uns des autres. Pour nous approvisionner et nous soigner bien sûr. Mais aussi, pour parler, pour pleurer, pour souffler et soupirer. Les autres sont indispensables pour nous, peu importe qu’ils soient à risques ou sans. Nous avons besoin de ces contacts, de ces partages, des mots, des signes, des émotions.

Et ça se passe. Des hommes et des femmes, beaucoup de jeunes manifestent leur solidarité avec joie, créativité et inventivité. Ils ne se résignent pas, mais ils trouvent des moyens souvent surprenants d’aider et de soutenir. Ils permettent ainsi que la vie soit possible et généreuse. Et comme par enchantement ce réseau de contacts et de solidarités favorise la re-découverte du sens de notre existence, il nous approche des valeurs essentielles.

J’espère qu’après le virus, lorsque la vie reprendra son cours, nous garderons vivaces des réseaux de solidarité et d’entraide. Qu’à travers ce temps de confinement et de solitude aussi, nous mûrirons et nous approfondirons notre recherche des valeurs essentielles. C’est ainsi que nous vivrons consciemment en lien avec la création et son créateur. Nous découvrirons une nouvelle proximité et la vie aura un goût nouveau. De plus, ceci permettra aux eaux de se régénérer et à la planète de souffler.

 

Marco Pedroli, pasteur